COMMENTAIRE ET PARAPHRASE

COMMENTAIRE ET PARAPHRASE

La paraphrase du texte, dans un commentaire, est très souvent sanctionnée. En quoi consiste-t-elle ? Il s’agit en général d’une reformulation du texte dépourvue d’analyse, une sorte de résumé ou de « raconté » du texte, reflétant ce que vous avez compris de ce texte au sens littéral.

Dans un commentaire, la paraphrase au sens où je viens de la définir est en effet jugée insuffisante et certains l’interdisent. Les professeurs attendent une lecture littéraire qui va s’intéresser à la manière dont les auteurs traitent leur sujet. Voilà pourquoi on vous demande de repérer les « procédés d’écriture » auxquels les auteurs ont recours pour donner du sens, de l’efficacité, de la singularité, de la qualité ou de l’originalité à ce qu’ils écrivent. En d’autres termes, on ne vous demande pas seulement de dire de quoi parle un auteur dans un texte mais de commenter la manière dont cet auteur en parle, les choix qu’il fait en écrivant pour toucher, intéresser, faire réagir son lecteur.

À y regarder de plus près, on s’aperçoit en fait qu’une part de paraphrase est inévitable pour ne pas dire nécessaire. Il faut bien parfois résumer ce qui est dit, simplement. Mais il ne faut pas oublier que ces phases de résumé – ou de paraphrase – doivent rester ponctuelles et déboucher sur une étude précise de l’écriture et de sa singularité.

Pour vous aider à comprendre, je prends ici l’exemple d’un extrait de Voyage au bout de la nuit, tout d’abord simplement paraphrasé, puis commenté. Réfléchissez à la différence entre les deux versions et vous progresserez.

Texte

Paraphrase du texte

Commentaire du texte

Serais-je donc le seul lâche sur la terre ? pensais-je. Et avec quel effroi ! … Perdu parmi deux millions de fous héroïques et déchaînés et armés jusqu’aux cheveux ? Bardamu est révolté. Il pense qu’il est seul au monde, qu’il est perdu, entouré de fous héroïques lourdement armés et qui se déchaînent. La révolte de Bardamu, narrateur interne, est particulièrement perceptible dans le deuxième paragraphe du passage. L’ouverture « Serais-je le seul lâche sur la Terre ? pensais-je. » montre que nous entrons dans la conscience du personnage qui s’interroge. Il s’agit d’une sorte de  monologue intérieur. Les noms « effroi » et « lâche » en donnent le sujet. Bardamu se sent « perdu » dans un univers immense – « la Terre » – en proie à « deux millions de fous héroïques ». Le contraste avec la fragilité qu’il incarne est d’autant plus fort que l’oxymore ironique « fous héroïques » connote la violence absurde d’une guerre où un homme sans qualité ne se sent pas à sa place. À l’inverse, les autres soldats, caricaturés par une hyperbole péjorative et familière – ils sont « armés jusqu’aux cheveux » – semblent parfaitement s’adapter à la la situation. Ils sont, selon Bardamu, « déchaînés » dans un monde devenu hostile, absurde et effroyable.

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