1e PORTULAN REPRÉSENTANT LE BRÉSIL ET IMAGE DU NOUVEAU MONDE EN 1519 – AMBIVALENCE D’UNE ÉPOQUE

Atlas Miller, 1519.

« Les habitants sont foncés de peau. Sauvages, très cruels, ils se nourrissent de chair humaine. Ils sont aussi très habiles au maniement des arcs et des flèches. Dans ce pays vivent des perroquets multicolores, des oiseaux innombrables, des bêtes sauvages monstrueuses. C’est là que pousse en grande quantité l’arbre appelé brésil qui est utilisé pour teindre les étoffes de pourpre. »

UN CERTAIN REGARD SUR L’AMÉRIQUE À L’ÉPOQUE DE SA DÉCOUVERTE

L’article concernant la vision du monde à la fin du XVe siècle ainsi que la carte portulan ci-dessus montrent que cette période prend place à la charnière de deux époques. Il existe au début du XVIème siècle, quand débute en France la Renaissance et où s’impose l’esprit humaniste, une véritable soif de connaissances, un goût du savoir qui se traduisent par plus de curiosité et par des découvertes scientifiques très importantes. Retenez bien sûr le développement de l’imprimerie (première Bible imprimée par Gutenberg dès le milieu du XVème siècle), la découverte et le développement des théories de l’héliocentrique par Copernic d’abord, Galilée ensuite.  Mais ce renouveau cohabite avec des visions erronées, des superstitions, des préjugés hérités du Moyen-Âge, fruits de l’ignorance, du dogmatisme voire de l’obscurantisme. Les cartes portulans témoignent de cette ambivalence : tout en prétendant représenter le contour exact des continents (un progrès dans la représentation du monde tel qu’il est vraiment), elles peuplent l’intérieur des terres encore inexplorées d’êtres chimériques issus de légendes terrifiantes.

Ces éléments peuvent être mis à profit dans le cadre de notre réflexion sur Montaigne et « le regard blanc ». Demandez-vous sous quelles formes se manifestent les préjugés, quelles en sont les origines, quelles armes utilisent les personnes éclairées (et les auteurs) pour les combattre, etc.

Concernant le XVIème siècle, bien connaître également le texte de Stephan Zweig ci-dessous. Dans sa biographie de Montaigne (publiée après la mort de Zweig) il décrit un siècle « en accent circonflexe » : la première partie du siècle est selon lui essentiellement marquée par l’optimisme de la pensée humanisme qui fait croire en tous les progrès dont l’humanité est capable. C’est cette période de la Renaissance qui voit triompher la soif de savoir, l’esprit de raison, les découvertes capables d’améliorer le monde. Mais la seconde partie du siècle – période correspondant à l’époque où Montaigne écrit son oeuvre – est une terrible régression. Le fanatisme l’emporte sur la tolérance pendant les guerres de religions qui vont ravager la France pendant plusieurs décennies de 1562 à 1598. La découverte de l’Amérique débouche sur sa conquête et sur la mise à sac de civilisations millénaires (Aztèque et Inca). Contemporain de ces années sombres, Montaigne continuera de prôner les principes de mesure, raison et tolérance que son père, admirateur des humanistes, a voulu lui inculquer.

ZWEIG MONTAIGNE

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