TRAGÉDIE, FATALITÉ, IRONIE TRAGIQUE, CATHARSIS, TERREUR, PITIÉ

Vocabulaire clé de la tragédie phedre

Vocabulaire clé de la tragédie : fatalité, ironie tragique, catharsis, terreur et pitié

La tragédie est caractérisée par la gravité des enjeux, la tension dramatique, le combat – toujours perdu d’avance – que livrent les protagonistes contre la fatalité.

La notion de fatalité (du latin fatalitas qui vient de fatum, « destin ») peut être définie comme une puissance surnaturelle qui commande l’enchaînement des événements collectifs tout autant que l’existence de chaque individu. Cette puissance supérieure fixe à l’avance tout ce qui arrive, la notion de « fatalité » étant plus tragique que celle de « destin » puisque la fatalité est toujours funeste quand le destin, lui, peut ne pas l’être. Chez les Grecs de l’Antiquité, le destin contraire est l’expression de la volonté des dieux, mais il arrive que la fatalité impose sa loi aux dieux eux-mêmes. Elle est la force qui régit le déroulement inexorable des événements de la tragédie. Le ou les héros, malgré leurs efforts pour se soustraire à cette loi, ne peuvent échapper à leur sort funeste. Dans Phèdre la fatalité se manifeste dans la malédiction de Vénus « O haine de Vénus ! O fatale colère ! » (V. 249). Le personnage en est la victime : « C’est Vénus tout entière à sa proie attachée. » (v. 306). Dans Roméo et Juliette, on remarque que la fatalité est désignée par des métaphores cosmiques : « les astres », un « si grand prodige » ou, au dénouement, un « soleil » qui, « de douleur, ne se montre pas. » (Dernière réplique de la tragédie prononcée par le Prince). Le sort se manifeste par des hasards malheureux comme, par exemple, l’impossibilité pour le messager du dernier acte (frère Jean) de mener à bien sa mission auprès de Roméo. Le destin, dans la pièce, est également désigné par le terme « Fortune » (Fortune également en anglais). Il s’agit là d’une allégorie, représentée dans l’imagerie de l’époque, par une roue. A son sommet se trouve un petit roi, au bas traîne un misérable. Pour l’emploi de ce terme dans la pièce, se reporter à la répliques de Roméo (acte I, scène 2) : « Oui, mon destin, dans mon infortune. » (p. 41) ou aux paroles de Juliette au moment où Roméo la quitte acte III, scène 5 : « Ô Fortune, Fortune, tous les hommes te disent inconstante. / Mais s’il en est ainsi, qu’as-tu à faire avec lui / Qui est fameux pour sa fidélité ? Sois inconstante, Fortune, / Car je veux croire qu’alors tu ne le garderas pas / Et me le rendras vite. »

L’ironie tragique se manifeste lorsque la fatalité prend la forme d’un sort cruellement moqueur. Par exemple, c’est en croyant sauver sa vie (ou son amour) que le héros, inconscient ou insuffisamment lucide, précipite en réalité sa perte. L’exemple le plus frappant d’ironie tragique est celui d’Œdipe dans la tragédie de Sophocle, Œdipe Roi : pour sauver son peuple de la malédiction qui s’est abattue sur le royaume, il lui promet de châtier le meurtrier inconnu de Laïos, tout en ignorant qu’il est lui-même le meurtrier qu’il recherche et que Laïos était son père. Un bon exemple d’ironie tragique dans Roméo et Juliette se trouve à la scène 1 de l’acte III : Roméo refuse de se battre contre les Capulet. Cependant, en s’interposant entre Mercutio et Tybalt, il provoque indirectement la mort son ami (« Je voulais agir pour le mieux » (p. 113) et finit par tuer Tybalt, cousin de Juliette. Dans Phèdre, l’ironie tragique est également très présente. Faites l’effort d’en trouver vous-mêmes des exemples.

Dans une pièce tragique, le spectateur en sait en général davantage que les héros. Dès les premières scènes (et dès le prologue dans Roméo et Juliette), il est averti que la catastrophe arrivera, quelles que soient les péripéties qui vont s’enchaîner sous ses yeux. Il s’agit donc pour lui d’assister au spectacle de la fatalité en marche et, dès lors, de partager les efforts, la lutte inégale des héros contre le destin contraire. Or, comme il connaît l’inanité de ses efforts, le spectateur n’en perçoit que mieux l’ironie tragique. A noter que dans Phèdre, le personnage éponyme se partage parfois entre inconscience et lucidité. Dans la scène 6 de l’acte IV, sa volonté de fuite finit par se heurter à la malédiction familiale :

Misérable ! et je vis ! et je soutiens la vue

De ce sacré soleil dont je suis descendue !

J’ai pour aïeul le père et le maître des dieux ;

Le ciel, tout l’univers est plein de mes aieux

Où me cacher ? Fuyons dans la nuit infernale.

Mais que dis-je ? Mon père y tient l’urne fatale ;

Le sort, dit-on, l’a mise en ses sévères mains :

Minos juge aux enfers tous les pâles humains.

A noter que dans Roméo et Juliette, les héros, pourtant emportés par leur passion dès la fin du premier acte, ne sont pas dépourvus de toute intuition : avant le commencement du bal, Roméo confie ses craintes à Benvolio (p. 56) : « (…) mon âme redoute / Qu’un avenir, enclos encore dans les astres, / Commence amèrement ses heures funestes. » ; Juliette, quant à elle, exprime en aparté son désarroi à la fin de l’acte : « «Dois-je naître à l’amour par si grand prodige / Qu’il faille que je m’offre à mon ennemi ? » (p. 66) ; mieux encore elle préfigure l’épilogue du drame acte III scène 3 : « Oh, Dieu, j’ai l’âme prompte à prévoir le pire… / Il me semble, maintenant que tu es si bas, / Que tu es comme un mort au fond d’une tombe. » (p. 140).

La tragédie est indissociable de la notion de « catharsis ». Ce terme issu du grec (katharsis, purification) est employé par Aristote pour désigner le phénomène de purgation des passions que permet la représentation théâtrale. En assistant au spectacle des rebondissements tragiques et en s’identifiant aux victimes de la fatalité, le spectateur se libère lui-même de ses pulsions et de ses angoisses. Il vit par procuration les passions coupables et/ou maudites des protagonistes pour « se purger » des passions dangereuses dont il pourrait être l’objet dans la réalité. Le théâtre a donc une fonction d’édification. Le théâtre tragique nous éclaire, nous met en garde, en aiguisant nos sentiments de terreur et de pitié. Mais le terreur et la pitié, les deux effets que produit prioritairement la tragédie selon Aristote (Corneille y ajoutera l’admiration), ne doivent pas rester lettre morte. L’identification n’est qu’une étape, une sorte d’épreuve par laquelle passe le spectateur pour, dans un deuxième temps, prendre la distance nécessaire et tirer un enseignement de ce à quoi il vient d’assister. A ce propos, on retiendra dans Roméo et Juliette le rôle particulier joué par le Prince. En lui laissant la dernière réplique, Shakespeare lui délègue en quelque sorte le soin de tirer la leçon de la tragédie : Roméo et Juliette sont les victimes sacrificielles de la folie de leurs familles respectives. La paix retrouvée a pour prix le sacrifice de l’innocence. Quant à Racine, il avertit son spectateur dans la préface de l’ouvrage :

« Au reste, je n’ose encore assurer que cette pièce soit en effet la meilleure de mes tragédies. Je laisse aux lecteurs et au temps à décider de son véritable prix. Ce que je puis assurer, c’est que je n’en ai point fait où la vertu soit plus mise en jour que dans celle-ci. Les moindres fautes y sont sévèrement punies ; la seule pensée du crime y est regardée avec autant d’horreur que le crime même ; les faiblesses de l’amour y passent pour de vraies faiblesses ; les passions n’y sont présentées aux yeux que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause ; et le vice y est peint partout avec des couleurs qui en font connaître et haïr la difformité. C’est là proprement le dut que tout homme qui travaille pour le public doit se proposer, et c’est ce que les premiers poètes tragiques avaient en vue sur toute chose. Leur théâtre était une école où la vertu n’était pas moins bien enseignée que dans les écoles des philosophes. »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s