BAUDELAIRE – LA BOUE ET L’OR, PREMIÈRE APPROCHE

berlin-2019-97

BAUDELAIRE – PARCOURS ASSOCIÉ 1

BAUDELAIRE – PARCOURS ASSOCIÉ : LA BOUE ET L’OR

PREMIÈRE APPROCHE

Jusqu’à présent, nous avons parcouru l’œuvre de Baudelaire en insistant surtout sur la thématique du spleen opposé à l’idéal. Liée à la question de la mélancolie, cette thématique nous a permis de comprendre que les Fleurs du Mal – dont le titre est un oxymore – sont placées sous le signe de l’ambivalence, du paradoxe, de l’opposition, du conflit dont l’âme du poète est le siège. Nous avons également constaté à quel point la ville, qui n’est pas seulement un décor, était un « personnage » majeur du recueil. L’essentiel de la production baudelairienne est lié à cet espace lui aussi ambivalent (attirance / répulsion) au point qu’il lui consacre une section entière : « Tableaux parisiens » dont sont issus par exemple « À une passante » et « Les Aveugles ». À vous de revenir sur mes précédentes explications sur ces différents points.

Nous allons poursuivre notre découverte en nous intéressant maintenant à ce que nous propose le programme officiel en terme de « parcours associé » : LA BOUE ET L’OR ou, pour le dire autrement, la question de L’ALCHIMIE POÉTIQUE.

Il faudra être capable de répondre aux questions suivantes :

  • « La Boue et l’Or » ? D’où vient cette expression ?
  • Quel rapport entretient cette expression avec la notion d’alchimie ?
  • Que doit-on entendre par « alchimie poétique » ?
  • Quels sens peut-on donner à ce nouvel oxymore (« Boue » vs « Or ») ?
  • De quel pouvoir le poète, selon Baudelaire, est-il doté ?
  • En quoi la thématique de la Boue et de l’Or est-elle liée à celle de la ville ?
  • Pourquoi et comment cette thématique place-t-elle Baudelaire comme figure majeure de la « MODERNITÉ » ?
  • De quoi parle-t-on quand on parle de la « modernité poétique » ?
  • Si Baudelaire inaugure cette modernité avec les Fleurs du Mal, comment poursuit-il sa recherche dans ses autres œuvres ?
  • Quels autres poètes vont-ils lui emboîter le pas ?

Mine de rien, si vous vous rendez capables de répondre intelligemment à ces questions (après en avoir compris le bien fondé), et si vous êtes capables de vous appuyer sur des exemples précis de textes, vous ne serez pas loin de bien connaître l’essentiel et serez prêts à comprendre et à retenir – pour toute votre vie (et pas seulement pour le Bac) – pourquoi Baudelaire est un grand poète.

Le cours qui commence va donc largement s’appuyer sur le questionnaire ci-dessus. Mais pour commencer, quittons momentanément les Fleurs du Mal pour découvrir un poème en prose peu connu, que Baudelaire n’a même pas intégré dans son recueil des Petits poèmes en prose, mais qui à lui seul peut donner une idée de la modernité poétique. Le critique François Bon (excellent homme) nous en propose une lecture tout à fait extraordinaire (suivre le lien). La force de ce texte est frappante, surtout dans le contexte particulier que nous vivons :

SYMPTOMES DE RUINE

Symptômes de ruine. Bâtiments immenses. Plusieurs, l’un sur l’autre. des appartements, des chambres, des temples, des galeries, des escaliers, des coecums[1], des belvédères, des lanternes, des fontaines, des statues. – fissures, Lézardes. Humidité promenant d’un réservoir situé près du ciel. — Comment avertir les gens, les nations – ? avertissons à l’oreille les plus intelligents.

Tout en haut, une colonne craque et ses deux extrémités se déplacent. Rien n’a encore croulé. Je ne peux plus retrouver l’issue. Je descends, puis je remonte. Une tour-labyrinthe. Je n’ai jamais pu sortir. J’habite pour toujours un bâtiment qui va crouler, un bâtiment travaillé par une maladie secrète. — Je calcule, en moi-même, pour m’amuser, si une si prodigieuse masse de pierres, de marbres, de statues, de murs, qui vont se choquer réciproquement seront très souillés par cette multitude de cervelles, de chairs humaines et d’ossements concassés. — Je vois de si terribles choses en rêve, que je voudrais quelquefois ne plus dormir, si j’étais sûr de n’avoir trop de fatigue.

Charles Baudelaire, reliquat des Petits poèmes en prose, 1869.

https://www.youtube.com/watch?v=XDnKsVh6gj4

 

[1] Coecum : terme d’anatomie. Désigne une partie du gros intestin formant une poche.

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